Se préparer au deuil, est-ce possible ?

preparation-au-deuil-2Bien que nous le sachions tous, nos sociétés contemporaines ont relégué à la périphérie de nos pensées notre condition de mortel. Mais quand la maladie à l’issue fatale est présente, ou quand l’âge avancé de celle ou celui que nous aimons porte déjà en lui le mot fin, pouvons-nous vraiment nous préparer au deuil ?

Assimiler la réalité d’une fin de vie

Il n’est jamais possible pour aucun d’entre nous de se préparer au deuil, et cela même si nous savons que chaque naissance entraîne, à plus ou moins longue échéance, la mort.

Toutefois, lorsque celui ou celle que nous chérissons est mourant, lorsque nous avons la chance d’être présents et de l’accompagner sur ce chemin de l’adieu, nous prenons conscience de cette inévitable réalité.

Nommé pré-deuil, ce moment dans notre vie comme dans celle du futur défunt nous prépare à la séparation définitive. Il permet d’entamer le travail de deuil dans un échange avec le futur défunt et d’aborder les sujets qui sont importants pour chacun d’entre nous.  

Comme le rappelle néanmoins le psychiatre et psychothérapeute Christophe Fauré, nous ne sommes jamais prêts à affronter la perte de l’être aimé, même lorsque l’issue est annoncée. Cependant, le savoir nous permet d’accompagner le mourant, de prendre soin de lui et de nous, en partageant les moments présents que nous pouvons nous accorder.

Le pré-deuil, ce moment qui prépare l’après

Savoir que le temps va s’arrêter pour l’un d’entre nous reste une chance incroyable pour accompagner celle ou celui qui a partagé notre vie, en accompagnant le mourant d’amour, de soins, de tendresse.

Bien souvent, le pronostic de l’inéluctable nous jette dans l’angoisse de la perte à venir et dans la souffrance de cette fin annoncée. Pourtant, ce pré-deuil permet alors de se préparer au décès, d’accepter, peu à peu, que le livre de la destinée se referme sur celui ou celle que nous avons chéri.

Dans ce moment d’accompagnement de l’être aimé en fin de vie, certains d’entre nous peuvent perdre pied ou réorganiser leur vie, après. Or, ce pré-deuil apaise le travail de deuil futur en :

  • nous offrant la conscience de ce départ inéluctable ;
  • nous permettant de partager avec le mourant nos sentiments sur ce que sera le monde sans lui ;
  • nous permettant de dévoiler les non-dits, de nous réconcilier.

Parce que parler de la mort ne tue pas, ces derniers moments auprès de l’être aimé libèrent cette parole. Ils offrent de connaître ses dernières volontés, d’échanger, avec amour et compassion sur tout ce que nous n’avions pu dire auparavant.

Faciliter le travail de deuil

Même si rien ne prépare jamais à l’absence définitive de celui ou celle que nous aimons, être présent dans ces derniers moments de vie nous prépare à cette séparation future.

Le pré-deuil, lorsqu’il a permis d’échanger avec le défunt, d’ouvrir notre cœur, affranchit notre deuil de la culpabilité ou de la colère qu’auraient pu engendrer des questions restées sans réponse. Il offre également à celui qui va nous quitter, de lâcher-prise, de partir apaisé et serein.

Magali Laguillaumie