Comment continuer à faire vivre le défunt par le devoir de mémoire ?

devoir-de-memoire-2Lorsque l’être aimé est enterré, lorsque la cérémonie d’adieu s’achève, nous entamons alors le chemin du deuil. Nous tissons un lien nouveau avec le défunt, un attachement qui signe son absence dans le monde des vivants tout en soulignant pourtant son immortalité dans notre cœur.

L’entretien du souvenir redonne vie aux défunts

Nos morts ne disparaissent jamais vraiment. Ils font partie de notre histoire. Ils l’ont construite pour une part, la prolongent également par les valeurs qui nous unissaient lorsqu’ils étaient en vie. Ces dernières résonnent en nous bien après leur départ.

Et si nous honorons la mémoire de défunts comme celle du soldat inconnu, nous ne nous souvenons pas uniquement de notre proche parti trop tôt par devoir, mais bien plutôt par amour, pour tous ces moments de vies partagées.

Dans notre monde hyper connecté et rationnel, cette relation par-delà l’espace et le temps que certains d’entre nous entretiennent avec leurs défunts est souvent perçue comme une résistance à réaliser notre deuil.

Comment maintenir dès lors ce « désir de mémoire » souligné par Vinciane Despret dans « Au bonheur des morts » quand l’injonction de faire son deuil se dévoile si prégnante partout autour de nous ?

Accordons l’éternité à nos défunts

Entretenir le souvenir de l’être aimé disparu, ce n’est pas se complaire dans la peine, mais lui accorder un soupçon d’immortalité. Comme le rappelle notre rédactrice Emma Ménébrode en conclusion de notre article « Le décès de ses parents : perte de son passé, blessure de son présent, construction de son avenir », nous devenons porteurs des valeurs et actions, qu’il nous a transmises. 

Perpétuer la mémoire de l’être cher disparu, nous permet par conséquent de partager ce qu’il nous a appris. Perpétuer son souvenir nous aide ainsi à recréer un lien différent avec le défunt, et à vivre un souvenir plus apaisé qu’aux premiers temps du deuil.

Cérémonies religieuses ou civiles, gerbes de fleurs, plaques funéraires et bougies, recueillement sur le lieu de sépulture font partie des rites les plus usuels de notre culture.

Le sépulcre, quelle que soit la forme qu’il emprunte, souligne l’appartenance du proche disparu à notre société. Il éternise sa mémoire au sein de nos communautés et assure l’unité et la continuité de celle-ci dans les vertus et les actions qui ont animé la vie du défunt. Ainsi, dans d’autres pays comme l’Asie, la tablette ou l’autel funéraire ne sont pas seulement un rappel de la personne décédée, ils l'incarnent.

D’autres manières d’entretenir le souvenir de nos défunts

Si autrefois la religion réglait majoritairement le processus de deuil, les cheminements se révèlent aujourd’hui plus individuels, permettant à chacun d’honorer la mémoire du défunt selon des formes commémoratives intimement personnelles.

Bien évidemment, fleurir la tombe de celle ou celui que nous avons chéri est un geste toujours empreint de respect et d’amour. D’autres préféreront voyager après le décès pour honorer le défunt ou la défunte. Certains se remémoreront les moments de joie en revisitant les lieux favoris de l'être cher disparu ou en cuisinant son repas préféré à la date de leur anniversaire.

D’autres conserveront des objets du disparu ou bien son compte Facebook pour y déposer, de temps en temps, une pensée personnelle pour le défunt ou pour y retrouver une partie de leurs échanges passés. Certains encore, immortaliseront ce lien par un tatouage représentant une passion du défunt, un moment fort de sa vie.

Parce que nous n’oublierons jamais ceux qui ont accompagné nos pas, parce que la douleur revient à certains moments clés de nos vies pourtant reconstruites, nous nous devons de trouver un cadre apaisé pour réinventer notre lien à l’être disparu et honorer ainsi le legs qu’ils nous ont transmis.

Magali Laguillaumie