La mort, un sujet tabou ?

tabouParler de la mort est, pour certains d’entre nous, particulièrement difficile. Les euphémismes ne manquent pas : partir, s’envoler, s’éteindre, s’endormir définitivement…

Ce sujet amène des émotions, comme la peur ou la tristesse, qui s’avèrent parfois trop inconfortables pour aborder sereinement un événement pourtant inéluctable.

 

Or il est utile d’aborder verbalement notre mort. En effet, cela permet de limiter les conflits entre les survivants puisque c’est l’occasion de poser les mots qui mettront fin aux non-dits et incompréhensions. C’est également le moyen de gagner en sérénité face à des moments très difficiles auxquels nous devons nous préparer.

La mort, un sujet caché par notre culture occidentale contemporaine

Selon Marie de Hennezel, psychologue française engagée pour l’amélioration des conditions de fin de vie, prononcer le mot « mort » engendre, chez nos contemporains, une peur « comme s’ils allaient attraper la mort de la même manière que l’on attraperait la grippe ».

Nos sociétés appréhendent la mort sous l’angle du déni, évoquant surtout « la vie après la mort », notamment dans nos religions. On ne décrit pas le phénomène biologique et on élude tout ce qui se déroule dans les jours qui suivent un décès.

On distingue plusieurs origines :

  • L’instinct: il évite ainsi à chacun de se mettre en danger ;
  • L’histoire: après la première guerre mondiale, l’habitude d’en plaisanter s’est éteinte, selon Marie-Frédérique Bacqué, psychologue et auteur de « apprivoiser la mort » ;
  • La peur de « ne pas avoir vécu »: pour Christophe Fauré, psychiatre spécialisé dans la fin de vie, parler de la mort amène à remettre en cause ses choix, son passé, ses accomplissements ;
  • Notre espérance de vie : elle atteint statistiquement plus de 80 ans, ce qui nous apporte comme une garantie rendant inconcevable un décès plus précoce.

Oser parler de la mort pour gagner en sérénité

« Apprivoiser » notre mort, c’est pouvoir anticiper sur les conséquences de notre absence et aider ceux qui nous survivront. Il arrive que les héritiers se déchirent après un décès, chacun ayant une interprétation différente de la volonté du défunt. Poser à plat les suites de notre départ, notamment en exprimant nos dernières volontés, facilite grandement les démarches pour ceux qui devront nous succéder.

Caitlin Doughty, thanatopracteur aux États-Unis et propriétaire de la chaine « Ask a Mortician » (demander au croque-mort) résume le fait de dompter la mort par la parole ainsi :

  • Réduire la peur ;
  • Grandir ;
  • Mieux affronter le deuil.

Enfin, évoquer la mort avec un enfant, le sensibiliser avec les mots adaptés à son âge, permet de lui éviter des angoisses lors desquelles l’imaginaire peut aller bien au-delà de la réalité. En effet, la peur ne s’en va pas en ignorant la cause, au contraire, elle s’installe dans le subconscient.

Comme il est dit dans certains cabinets de notaires, « parler de la mort ne l’a jamais fait venir plus vite », c’est plutôt l’occasion d’envisager notre dernier adieu de façon plus apaisée.

Emma Ménébrode