Les usages numériques renouvellent-ils notre perception du deuil ?

usages-numeriquesSi auparavant les enterrements matérialisaient notre passage de la vie à la mort, apportaient le réconfort nécessaire pour les endeuillés, l’annonce d’un décès sur les réseaux sociaux ou la modification d’une page en page commémorative sont-ils la transformation de nos rituels funéraires ? Nos usages digitaux ont-ils réinventé notre rapport à la mort ?

Un rituel revisité ?

Chaque société, chaque culture officialisent le décès de celui qui part par des rites. Inhumations, crémations, oraisons funèbres marquent notre entrée dans le deuil. Elles permettent de poser le temps de la perte et de la séparation.

Auparavant, l’annonce d’un trépas se faisait par le biais de la page nécrologie des journaux. Les familles prévenaient du décès et de la date des obsèques également par l’envoi de faire-part. Ce travail d’écriture marquait le début de notre processus de deuil.

Dans notre monde connecté, l’annonce du décès sur les réseaux sociaux n’est qu’une transposition de ces rituels d’écritures. Ils se conjuguent parfois et permettent de réunir autour de la mémoire du défunt, des personnes que la famille ne connaissait peut-être pas et n’aurait pu avertir.

L’annonce d’un décès sur les réseaux sociaux atténuerait-elle notre solitude face au deuil ?

Dans le moment du deuil, et même lorsque toute la fratrie est rassemblée, la solitude nous submerge. L’échange sur les réseaux sociaux comble ce sentiment de vide. Les marques d’empathies reçues par nos amis et ceux du disparu nous apportent le soutien supplémentaire pour nous reconnecter au monde.

Publier un message sur les réseaux sociaux, exprimer au monde notre chagrin nous permet de nous extraire de la passivité qu’entraîne la violence de perdre un être cher.

Plus encore, ces réseaux permettent une lettre ouverte avec le défunt lorsque son compte reste actif, ou lorsque l’on crée une page en sa mémoire. Cette conversation intérieure avec le décédé jetée sur la Toile participe au travail du deuil.

Quelles nouvelles perceptions du deuil nous apportent les usages numériques ?

Depuis le XXe siècle, nos sociétés occidentales voudraient entériner le deuil. Nous devons rapidement reprendre « une vie normale ». Or, les phases du deuil s’inscrivent dans la durée. Les pages de commémoration, les forums dédiés à la souffrance d’un décès soutiennent les familles et amis endeuillés et réinscrivent les étapes du deuil dans la sphère sociétale.

Toutefois, si conserver le compte Facebook du disparu nous permet de nous y recueillir sans contraintes de lieu et d’horaires, voir surgir une publication peut se révéler déstabilisant même quelques années après sa mort. De même, le dialogue avec l’être aimé décédé ne risque-t-il pas de tourner en deuil pathologique pour les personnes les plus fragiles ?

Les réseaux sociaux et toutes nos actions sur Internet nous donnent accès à l’éternité, une éternité digitale faite d’algorithmes et des traces que nous aurons laissées.

Et cela pose la question de nos données et de ce qui en sera fait. Cet héritage numérique ne mérite-t-il pas d’être légué et protégé ?

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Magali Laguillaumie