Prévoir des funérailles écologiques, c’est aujourd’hui possible

ecologieSi l’idée d’organiser des funérailles écologiques peut paraître saugrenue, il est pourtant logique de chercher à entourer notre mort des valeurs qui ont orienté notre vie. Le respect de l’environnement fait partie de ces valeurs.
Déjà présentes sur le continent américain, les obsèques vertes intéressent aussi les Européens. Cette volonté de minimiser notre impact environnemental est de plus en plus partagée dans la vie comme dans la mort et les sépultures éco-responsables se développent sous des formes variées.
Zoom sur les différentes techniques, actuelles et futuristes, de funérailles écolos !

Techniques traditionnelles éco-responsables

La crémation est une technique qui rejette des produits toxiques. Même si le bois du cercueil évite, mieux que le carton ou un simple linceul, une combustion trop longue car il augmente la chaleur, la technique reste peu écologique. La température monte jusqu’à 1000 °C, cela exige l’utilisation de gaz polluants, le rejet de CO² et de particules fines.

Pour l’inhumation, il existe différents matériaux dits éco-responsables pour composer les cercueils.
Actuellement en Belgique, à part quelques exceptions, on ne peut choisir que l’un de ces deux modes de sépulture.
Il existe cependant quelques solutions pour alléger son bilan carbone, notamment au niveau de ce qui entoure les obsèques :

  • Choix des matériaux pour les faire-part : en papier recyclé, par exemple ;
  • Mode de transport du corps : en véhicule hippomobile (avec un cheval) ;
  • Sélection des fleurs : locales et de saison.

Nous pouvons même le noter dans nos dernières volontés afin de faciliter les décisions de ceux qui se chargeront de nos obsèques.

L’enterrement écologique

Pour rendre son enterrement le plus écologique possible, on peut choisir parmi différents éco-cercueils :

  • En osier ;
  • Issu du commerce équitable ;
  • En cellulose ;
  • En carton : interdit en Wallonie mais autorisé dans les autres régions de Belgique ;
  • Linceul : le défunt est recouvert d’un drap. C’est possible seulement en Wallonie et à Bruxelles. Le cercueil ne servira que pour le transport mais pourra être réutilisé.

L’utilisation de cercueils composés de matériaux biodégradables comme la cellulose permettrait d’économiser non seulement des milliers de km² de forêt chaque année, mais également des millions de m3 d’eau et de fuel.

Quand le défunt avait des aspirations écologiques, et si le cercueil doit être en bois, l’idéal, est de le choisir massif (moins de colles que dans les mélanges de type MDF), et recouvert d’un vernis peu polluant. Ainsi, il libèrera moins de substances toxiques dans le sol (inhumation) ou dans l’atmosphère (crémation).

L’urne biodégradable

Les urnes en matériau biodégradable offrent également une solution écologique. Certaines sont des urnes arbres. Des graines sont ajoutées à l’intérieur de l’urne afin qu’une fois en terre, elle donne un arbre qui prend racine dans les cendres du défunt. Seuls certains endroits de Flandre le permettent pour l’instant.

Cimetières naturels

Répandus aux États-Unis sous le nom de «green burials », les cimetières forestiers constituent une dernière demeure naturelle et respectueuse de l’environnement. Le premier arrivé en Europe remonte à 1997, en Suisse. Le modèle s’est ensuite développé sur le reste du continent.
Les défunts sont inhumés au pied des arbres, sans tombeau ni pierre tombale.
En Belgique, on trouve, comme à Anvers ou à Saint-Nicolas, des cimetières qui accueillent les urnes biodégradables mais on ne pratique pas encore les enterrements naturels comme dans les pays voisins, notamment l’Allemagne.
De nombreuses autres techniques existent dans le monde, mais elles ne sont pas encore entrées dans nos coutumes belges.

Nouvelles techniques pour des funérailles écologiques

L’humusation

Dans le processus d’humusation, le corps du défunt, entouré d’un linceul, se décompose en douceur sous l’action des micro-organismes, des bactéries du corps et de matières naturelles ajoutées par les humusateurs, les professionnels de cette technique. Après 3 mois, alors que les os sont déjà séparés, les humusateurs retirent les objets non biodégradables tels que les plombages dentaires ou les matériaux médicaux qui ont été implantés durant la vie du proche. Les os sont ensuite broyés puis on les mélange au compost pour que le corps fusionne avec la nature. Après 12 mois, il reste un humus naturel qui enrichit les sols.

Cette technique n’exige ni cercueil ni accessoires funéraires. Elle ne nécessite pas de procédure d’embaumement et n’engendre pas de pollution chimique.

Seul un jardin de la métamorphose peut accueillir ce type de sépulture naturelle, encore interdite en France et en Belgique.

La promession

Également appelée lyophilisation, cette technique, d’origine scandinave, consiste à congeler le corps à -196 °C dans de l’azote liquide. Le corps est ensuite pulvérisé en fines particules grâce à une table vibrante. Il pourra ensuite être transféré dans une urne, biodégradable ou non.

Ce type de sépulture écologique, inventée par la biologiste Susanne Wiigh-Mäsak, ne produit ni CO² ni polluants. Encore interdites en Belgique, ces obsèques alternatives sont pratiquées en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Suède.

La résomation ou BIO-incinération et l’aquamation

Ce sont des méthodes qui consistent à plonger le défunt dans une solution alcaline plutôt que dans le feu de la crémation. Elles donnent lieu à la récupération d’une urne composée de mini morceaux osseux réduits en poudre semblable à des cendres. La consommation d’énergie et la pollution sont nettement moindres que pour la crémation. On pratique la résomation aux États-Unis, dans certains états seulement, et au Canada. En Australie, on pratique plutôt l’aquamation. Notre sujet traitant des obsèques sur les autres continents aborde ce procédé.

Ces deux techniques diffèrent surtout au niveau des éléments chimiques ajoutées dans la solution et de la température.
Depuis le 8 novembre 2018 à Bruxelles, une ordonnance autorise les funérailles alternatives comme l’aquamation ou l’humusation. En Flandre et en Wallonie, il faudra encore attendre pour les pratiquer.

On constate beaucoup d’innovation et une réelle volonté générale de rendre les obsèques plus respectueuses de notre planète. Si la législation avance avec précaution sur le sujet, il semble que dans le futur, de nouveaux modes de sépulture permettront d’associer à notre mort le respect de notre Terre. Cette aspiration écologique est de plus en plus prise en compte dans les différentes périodes de notre vie dont les décès font malheureusement partie.

Emma Ménébrode