Décès d’un proche : gérer ce que l'on n’a pas eu le temps de lui dire

secretParfois, la vie nous sépare de ceux que nous aimons bien avant leur décès. Parfois, la mort survient brutalement aussi. Lorsque nous vivons ces moments, nous n’avons bien souvent pas le temps de dire au défunt ce que nous aurions voulu lui transmettre. Les mots, les questions, les pardons comme les refus de pardon restent sans écho, sans réponse. La culpabilité, la colère, déjà présentes pour chaque décès, s’affirment avec encore plus de force, nous empêchant de réaliser notre deuil. Comment alors gérer ce que nous avons dû garder pour nous ?

La culpabilité de celui qui reste

Il n’existe pas de deuil sans culpabilité, les liens que nous avons tissés ou détissés avec le défunt n’y changent rien. Elle est là, prégnante et obsédante, même lorsque nous avons eu le temps de prononcer notre dernier adieu, par des mots, un regard, un geste tendre.

Lorsque la mort survient avec brutalité, bousculant notre quotidien et nos espoirs, lorsque la mort survient après les brouilles, les disputes, le silence, la culpabilité nous envahit toujours par ses « Et si », ses « J’aurais dû » et « J’aurais pu ». Parfois, la relation s’est trouvée si tendue, si difficile, pleine de souffrances et de frustration que nous nous sentirons soulagés de ce départ de l’autre vers l’au-delà.

Si les conflits s’amoncèlent avant le deuil et que l’on n’a pas pu créer d’apaisement, la culpabilité de celui qui reste prend alors une place prépondérante. Elle oblige le vivant à éprouver différents sentiments dérangeants, à les accepter, sans pour autant se juger, se méjuger.

De même, lorsque la mort survient sans crier gare, nous retirant celui que l’on aimait — trop tôt —, la colère ronge et gronde. Car la vie nous a spolié de lui et des mots précieux que nous aurions voulus lui susurrer afin d’accompagner son dernier souffle.

Accueillir, questionner les émotions ambivalentes qui nous assaillent lorsque nous n’avons pu dire notre amour, nos regrets à celui qui part est nécessaire à notre renaissance au monde.

Nos relations imparfaites

Nous naissons imparfaits de même que nos relations. C’est une réalité que nous devons tous accepter, en particulier lorsque le décès survient après une mésentente, une désunion.

Parcourir en soi le chemin qui a conduit à notre conflit avec le défunt, peser les écueils, de chaque côté, qui n’ont pas permis que cette relation évolue comme nous l’aurions désiré devient nécessaire pour que culpabilité et colère se dissipent. Pour qu'enfin nous puissions faire le deuil de ce lien et de son idéalisation.

La mort violente d’un proche, quant à elle, nous laisse un goût d’inachevé. En plus d’une relation sans doute imparfaite, elle nous bride, nous empêche de retrouver du sens en l’avenir. Elle nous plonge également dans la préparation des funérailles. Funérailles dont nous n’avons souvent jamais parlé avec le défunt, nous laissant démunis devant les choix à faire pour lui.

Pour peu qu’une dispute ait eu lieu avant le drame, culpabilité et colère s’entremêlent en un maelstrom nous entraînant parfois vers un refus d’entretenir les relations pourtant nécessaires en ce moment sombre que nous traversons.

Poser des mots au-delà de l’absence

Comme le rappelle Christophe Fauré dans son ouvrage « Accompagner un proche en fin de vie », faire nos adieux à celui qui va partir participe au travail de deuil. Mais comment faire lorsque nous n’avons pas eu ce temps de l’adieu ? Ce moment où nous pouvons prendre sa main une dernière fois, porter un dernier baiser à son front alors qu’il est encore présent, si ce n’est mentalement, au moins physiquement ?

Accepter la perte, le décès est sans doute le premier pas le plus difficile, accepter que les non-dits, les questions sans réponse le resteront aussi. Or, pour certains d’entre nous, il faudra trouver d’autres moyens pour « dire » ces adieux nécessaires au travail de deuil.

Même lorsque les tensions entre nous et le défunt se sont révélées impossibles à dénouer de son vivant, dire « merci » pour ce qu’il nous a apporté de bon et de moins bon est important. Car c’est ce qui nous a construit également.

Lorsque la vie de celui que nous aimions s’est arrêtée brutalement, en suspendant le temps, le remercier de la joie de l’avoir rencontré et d’avoir cheminé ensemble le temps de sa vie nous permet d’atténuer la peine, de raccrocher, petit à petit, les souvenirs heureux aux wagons de notre nouvelle vie à bâtir sans sa présence.

Pour certains d’entre nous, il faudra penser ses mots, ses non-dits, les oraliser ou encore les écrire puis les lire en un dernier adieu, afin de reprendre sereins le cours de notre vie.

Magali Laguillaumie