Aider son enfant à gérer sa peine lors de la perte d’un proche

enfant-triste-2Expliquer le douloureux décès d’un proche et accompagner un enfant dans son deuil peut s’avérer très difficile quand nous avons notre propre chagrin à affronter.
Or quand une personne qui nous est chère disparait, nous ne sommes pas seuls à souffrir. S’il est possible de partager sa douleur avec d’autres adultes, il n’en est pas de même avec un enfant. 

Comment parler de la mort avec un tout petit, un enfant ou un adolescent et lui permettre de traverser l’épreuve ? 

Les problématiques particulières au deuil d’un enfant 

Plus un enfant est jeune, plus les problématiques de son deuil sont complexes. En effet, affronter le décès d’un proche provoquera une onde de choc. Celle-ci peut parfois se prolonger à l’âge adulte et avoir des répercussions néfastes (culpabilité, état dépressif…). L’enfant ou l’adolescent devra se construire avec l’absence, avec l’ombre du défunt.

L’accompagnement doit donc s’installer dans le temps, parfois sur plusieurs années. Il arrive que le chagrin lié au décès se réveille subitement, beaucoup plus tard, après des années de déni, alors que les étapes du deuil ont été affrontées par l’entourage. Apaiser l’enfant lors de la perte d’un être aimé, consiste donc non seulement à l’aider sur le moment mais également à veiller à sa construction, à sa reconstruction pendant toute son évolution.

Dire la vérité pour engager le processus de deuil

Parler de la mort à un enfant ne doit pas être considéré comme tabou. Selon l’âge, il faudra trouver les mots. Plus il sera jeune, plus il faudra les adapter, les rendre compréhensibles. Quand nous utilisons des paraboles, comme « il est parti dans les étoiles, elle fait un grand voyage », cela peut constituer un obstacle au processus de deuil. Selon Michel Hanus, médecin psychiatre qui a fondé l’association « Vivre son deuil », il y a 4 phrases qui permettent d’accompagner un enfant endeuillé :

  • « Tu n’es pas responsable » pour lui éviter de culpabiliser
  • « La mort n’est pas contagieuse » afin qu’il ne développe pas une peur de la mort irrationnelle
  • « Nous sommes là avec toi, voilà comment ça va se dérouler » afin de rassurer les petits sur le fait qu’ils ne vont pas être seuls et les aider à affronter une situation nouvelle
  • « Nous continuerons de parler de lui/elle » : il faudra entretenir le souvenir de l’être disparu. L’oubli est parfois source d’angoisse pour un enfant.

S’il est difficile de voir l’enfant pleurer, la douleur et la tristesse constituent pourtant l’une des étapes du deuil que nous devrons accepter et porter pour mieux l’aider.
Ensuite, selon la foi de chacun, nous pouvons poser d’autres mots, sur la vie après la mort, la notion de fin de vie ou d’au-delà… 

Accompagner les émotions de l’enfant

Avant l’âge de 6/7 ans, il arrive que l’enfant ne montre pas de réels signes de tristesse : il vit dans le présent et ne saisit pas l’aspect irréversible de la mort. Il peut cependant souffrir de l’absence d’une personne qu’il côtoyait souvent. Il peut également ressentir la détresse des adultes qui l’entourent.
En développant ses capacités à symboliser, il prendra peu à peu conscience de la réalité de la mort. 

Si, au-delà de 6/7 ans, il ne montre aucune réaction, c’est finalement le moment de s’inquiéter.

Si, à tout âge, l’enfant est moins concentré, développe des troubles du sommeil ou de l’appétit, si ses résultats scolaires chutent, si de nouvelles angoisses apparaissent, les conseils d’un psychologue s’avèreront utiles.

Parfois, il arrive qu’un enfant affiche une tristesse bien plus marquée, pour son chat ou son chien décédé, auprès duquel il a vécu toute sa vie, que pour un membre de sa famille, rencontré moins souvent : il ne doit pas pour autant être jugé. Plus l’enfant est jeune, moins il est capable de comprendre les effets de la mort.

Par ailleurs, pour un enfant ou un adolescent, il est difficile d’aborder le sujet d’un parent décédé, c’est donc aux adultes qui l’entourent d’évoquer le souvenir, ressortir des photos, valoriser les qualités humaines du proche absent, raconter des anecdotes du quotidien.

Éviter le sujet ne peut que contribuer à laisser des questions douloureuses sans réponses, refouler la tristesse sans l’évacuer.

Plusieurs gestes aident l’enfant à construire ses souvenirs :

  • Les écrire, les faire rédiger par des proches ou par un rédacteur biographe auprès duquel les membres de la famille pourront témoigner, afin d’immortaliser l’histoire du défunt sur le papier
  • Créer un album photo
  • Se rendre avec l’enfant dans des lieux symboliques que l’être cher a particulièrement aimés ou qui ont marqué son histoire.

Même si l’enfant est jeune, il aura toute sa vie pour se replonger dans les écrits, les albums ou retourner sur les lieux. C’est important pour lui, afin de reconstruire une histoire écourtée. 

L’enfant doit-il venir aux obsèques ?

La perception de la mort chez l’enfant est très différente de celle de l’adulte. Son rapport à la personne décédée également. Est-ce donc une bonne idée d’emmener un enfant à l’enterrement ?

L’accompagnement va au-delà de la cérémonie 

Avant l’âge de 6 ans, il est fréquent que les enfants imaginent la mort comme temporaire. En effet, les jeux et les dessins animés ressuscitent souvent leurs personnages. Les tout-petits ne comprennent donc pas toujours la gravité d’un décès.

C’est autour de 6 à 9 ans que l’idée de la mort se précise.

Quel que soit l’âge, il est important de ne pas projeter ses propres perceptions sur l’enfant et de le laisser choisir. Ni le forcer à venir, ni le lui interdire.

Ne pas lui permettre un dernier au revoir à l’être cher peut le freiner dans son travail de deuil. Á l’inverse, lui imposer une cérémonie où il verra sa famille en pleurs peut le traumatiser.

Il convient donc d’être très attentif à ses émotions, à ses demandes, à sa perception. Plus l’enfant sera préparé, plus les événements à suivre lui auront été expliqués, plus il aura de cartes pour affronter ces douloureux moments.

Quand l’enfant nous accompagne aux funérailles alors que nous sommes endeuillés, nous devons être capables de lui témoigner de la disponibilité, de l’écoute, malgré notre propre souffrance.

C’est un soutien qui doit se faire avant la cérémonie mais également pendant et après.

Si l’enfant ne se rend pas aux obsèques, rien n’empêche, pour l’aider, de pratiquer ensuite des rituels comme se recueillir avec lui sur la tombe, lui permettre de déposer des fleurs et le laisser exprimer ses émotions pour les accueillir avec bienveillance.

Les différentes positions des religions

Selon les religions, l’approche est différente.

Ainsi, les personnes catholiques considèrent en général que l’enfant peut se rendre à la cérémonie afin de prendre conscience du décès. Par ailleurs, la mort n’est pas considérée comme une fin.

Chez les personnes juives, il est important de demander à l’enfant. Il n’y a ni obligation, ni interdiction. La période de 7 jours de deuil commence dès les obsèques.
Enfin, chez les personnes musulmanes, les femmes et les enfants se retirent au moment de l’inhumation. 

Pour que l’enfant puisse faire son deuil, de nombreux livres spécifiques traitent de la mort avec des mots simples. Ils peuvent guider les adultes qui se sentent désemparés ou peu adroits face à un enfant qui a perdu un être cher, parmi ces ouvrages :

- « Tu n’es pas seul » Marie-Madeleine de Kergorlay

  • « Les questions des petits sur la mort » Marie Aubinais.

Emma Ménébrode