Quand une famille décomposée se recompose pour les obsèques

famille-recomposee-funeraillesAujourd’hui, environ 15 % des familles belges sont recomposées.

Lorsque survient le décès de celui ou de celle qui a refait sa vie, ce sont au moins deux familles qui sont touchées par le deuil. Outre les problématiques successorales, les problématiques psychologiques méritent d’être prises en compte. Elles se manifestent dès les obsèques.

I – Les difficultés spécifiques d’une famille recomposée en deuil

Lorsque survient le décès d’une personne qui a fondé plusieurs familles successives, les places de chacun sont remises en cause. En effet, si le processus de deuil s’enclenche comme dans le cas des autres décès, c’est aussi l’occasion de remettre en cause les choix, les ruptures et les reconstructions du défunt. Remontent alors à la surface les amertumes et les déceptions, les rendez-vous manqués… C’est le moment où vient l’envie de dire ce que nous ne nous autorisions pas auparavant.

Pourtant, deux familles sont en souffrance et c’est aussi l’occasion de se réunir autour d’un sentiment commun : l’amour porté au défunt. C’est aussi l’occasion de partager avec les autres sa propre tristesse, dans un même élan, et de dépasser les rivalités et les rancœurs.

Se retrouver autour d’un être aimé, parler de lui, de sa personnalité, de ses qualités et de ses petits travers, transcender les éventuels ressentiments et désillusions lors des obsèques, resserrer les liens entre les deux familles, c’est ce qui facilitera les étapes du deuil.

Parmi les familles atteintes par le décès, celle du passé et celle du présent, on trouve souvent des enfants biologiques mais aussi ceux du nouveau conjoint.

Chacun, à sa place, à sa façon, a tissé des liens avec le défunt, a construit une histoire.

Pour les proches de la première famille, c’est donc un second deuil, une seconde rupture après celle de la séparation.

Comme l’indique Salvatore d’Amore, docteur de recherche en psychologie sociale, dans la revue « Thérapies familiales », les familles recomposées naissent à partir d’une « interruption du lien », de pertes relationnelles qui, parfois, provoquent un traumatisme ou une perte du sentiment d’appartenance. Le décès peut donc s’avérer encore plus violent par la réactivation de deuils anciens.

Il est nécessaire de prendre en compte cette spécificité dans l’accompagnement. En effet, même éloignée par la séparation, l’ancienne famille n’est pas moins attachée au défunt, y compris dans les cas où demeure une amertume ou une colère.

L’annonce du décès ne se fait donc pas de manière identique pour chacune des familles. En effet, les différents conjoints, mariés ou non, les différents enfants, cachent des blessures et des failles. La sensibilité de chacun nécessitera des mots subtils dans un moment si difficile. Personnaliser un avis de décès permet bien souvent de respecter chacun des proches. Votre entrepreneur de pompes funèbres est habitué à ce type de situation et saura vous aider à trouver les mots justes et apaisants.

II – Les problématiques successorales dans une famille recomposée

Dans une famille recomposée, et en l’absence de dispositions prises, les règles applicables sont celles de la dévolution légale.

Ainsi, si vous n’êtes pas mariés, votre partenaire sera considéré comme un cohabitant de fait et n’héritera pas de vous. S’il a le statut de cohabitant légal, sa part sera moindre que celle de l’époux ou de l’épouse.

Les enfants du défunt, eux, qu’ils soient issus d’un précédent mariage, hors mariage ou du mariage en cours, héritent tous de manière égale et bénéficient d’une réserve (une part incompressible, accordée par le droit, et à laquelle on ne peut pas toucher). Les beaux-enfants, eux, ne sont pas héritiers, même si leur beau-parent est marié avec l’un de leurs parents.

Plusieurs solutions permettent de rééquilibrer la succession en tenant compte du caractère recomposé de la famille :

  • Le testament (voir notre article spécifique sur ce sujet)
  • L’adoption
  • Le pacte successoral familial issu de la réforme de 2018
  • Le contrat de mariage
  • La donation.

Le testament permet de rétablir certains déséquilibres, même s’il ne peut entamer la réserve. En effet, sur une partie de son patrimoine (qui dépend du nombre d’enfants), il est possible de décider qui en bénéficiera et à quelle hauteur : on peut augmenter la part d’un enfant précis ou la donner à toute autre personne de son choix. Attention toutefois, les droits successoraux, selon le lien de filiation, peuvent s’avérer très élevés.

En ce qui concerne l’adoption, elle se fait souvent envers ses beaux-enfants afin de les rendre héritiers et de les placer sur un pied d’égalité avec les enfants biologiques. C’est un acte irrévocable qui demande une réflexion poussée.

En l’absence d’adoption, les beaux-enfants sont considérés comme dépourvus de lien de parenté et paient des droits successoraux plus élevés. Notons cependant que dans la Région de Bruxelles-Capitale, depuis le 1er janvier 2017, certains enfants peuvent bénéficier de droits de succession plus avantageux :

  • Enfant de l’époux
  • Enfant du cohabitant légal
  • Enfant élevé par le défunt au moins un an

Attention : ces éléments ne les rendent pas héritiers, ils permettent seulement, si des dispositions sont prises, d’hériter avec une fiscalité moindre.

Quant à la réforme de 2018, elle permet de conclure un pacte successoral : on détermine en famille les conditions de la succession afin de répartir équitablement les biens entre enfants et beaux-enfants.

Les enfants peuvent ainsi accepter à l’avance que leur parent fasse une donation aux beaux-enfants même si cela affecte leur part de réserve. Ce pacte nécessite l’accord signé des héritiers devant notaire. Voir à ce propos notre article sur la réforme successorale.

La réforme facilite également aux conjoints, tout comme aux enfants, les demandes de conversion de l’usufruit en capital sur tous les biens à l’exception du logement familial (dès la liquidation-partage), ceci afin d’éviter les situations conflictuelles.

Enfin, grâce au contrat de mariage, les conjoints peuvent renoncer à leur réserve en présence d’enfants d’un précédent mariage (clause Valkeniers).

Pour éviter les conflits entre famille et belle-famille, l’idéal est de prendre ses dispositions en amont, dans la recherche du respect de chacun, en privilégiant la communication quand elle est possible. Anticiper, éventuellement avec l’aide de son notaire, est le meilleur moyen d’assurer un futur serein à ceux que l’on aime et que l’on a aimés.

Pour en savoir plus :

Les avantages de la planification successorale

L’application de la clause Valkeniers

Emma Menebrode