Le décès d’un être âgé : quand une partie de son propre passé s’éteint aussi

personne agéeIl est un temps où la perte d’un proche peut nous paraître plus acceptable : le décès d’une personne âgée. Souvent première rencontre avec la mort, l’enfant comprend alors que cette dernière est un passage irréversible. Pour nous, enfants, conjoints ou amis, c’est tout un pan de notre histoire que nous voyons s’éteindre, la mémoire d’un autre temps aussi. C’est également le rappel de notre propre fin. Il apparaît donc vain de croire ou espérer que cette perte sera moins douloureuse.

La perte d’un parent âgé, c’est aussi la perte d’un grand-parent

Pour beaucoup d’entre nous, le décès de notre grand-père ou de notre grand-mère sera notre première expérience de la mort. Si à 3 ans ou plus l’enfant pose beaucoup de questions auxquelles il nous faut répondre, nous nous sentons souvent démunis face à sa détresse et aux explications que nous pouvons lui donner ou non. Il existe de nombreux ouvrages qui vous aideront à lui parler de la mort en des termes simples. Toutefois, ne soyez pas surpris s’il vous redemande, quelques jours plus tard, quand sa mamie ou son papy va revenir. Leur compréhension de la mort ne sera effective que vers 7 ou 8 ans.

À contrario de l’enfant de 3 ans qui vit dans le moment présent, ne comprend pas la mort et souffre donc moins de l’absence, l’enfant de 7 ou 8 ans sera bousculé lorsqu’il sera confronté à la mort de son grand-parent. Il aura partagé avec lui — notre monde moderne le permettant — beaucoup de moments riches et précieux, créé de formidables liens. Au choc de l’annonce du décès et de sa compréhension de notre temporalité s’ajoutera la perte de l’image de super héros qu’il nous prête. Pour l’enfant de 7 ans, l’adulte est un être fort et invincible, nous voir dans la peine et l’affliction peut entraîner pour lui un état d’insécurité. Il est donc impératif de lui expliquer pourquoi, nous aussi nous souffrons afin qu’il puisse, lui aussi, s’abandonner à sa peine sans en avoir honte ou peur.

Même si la mort d’un être âgé paraît plus acceptable, notre peine, celle de nos enfants sera toute aussi violente et lancinante, amenant parfois des questions qui resteront sans réponses.

Lorsque le conjoint, l’ami de toujours, le frère, la sœur disparaît

Pour nous qui aurons la chance de vivre toute une vie auprès d’un époux ou d’une épouse, le décès de l’être aimé sera plus qu’un déchirement, car le « nous » se disloque du jour au lendemain alors qu’on le croyait éternel. Nous nous retrouvons seuls, face à nous-mêmes, lorsque la seconde d’avant nous vivions à deux et pour deux.

Plus nous avançons en âge et plus la perte de ceux qui partageaient notre chemin, nos proches et amis décédés nous rappellent à notre propre fin, inéluctable. Notre vieillesse est pour le moins une succession de pertes :

  • Perte de l’autonomie pour certains ;
  • Perte de nos repères sociaux et parfois familiaux ;
  • Perte de nos amis, nos parents, notre conjoint.

Même très entourés de notre famille, de nos enfants, plus nous vieillissons et plus le lien social se fait ténu, rendant la mort des êtres aimés plus délicate à supporter.

L’accumulation de deuils et la difficulté de réinvestissement peuvent rendre plus difficiles la perte des êtres chers et le travail du deuil pour la personne âgée que nous sommes devenus ou deviendrons.

Il nous faut donc être tout autant attentifs à nos aînés lorsqu’un décès survient :

  • Ne pas leur cacher la mort d’un parent ou d’un ami et le leur annoncer avec tact et empathie ;
  • Leur accorder un espace et un temps de paroles pour qu’ils puissent y exprimer leur peine, les souvenirs heureux partagés avec le défunt ;
  • Mettre en œuvre les moyens qui leur permettront d’assister aux funérailles du disparu ;
  • Leur laisser le temps de recueillement nécessaire ;
  • Être disponible pour accueillir les mots lorsqu’ils seront prêts à s’ouvrir de leur chagrin.

Outre la complexité du réinvestissement que peuvent rencontrer nos parents, ou grands-parents lorsque le deuil survient, c’est aussi pour eux et pour chacun d’entre nous la perte de notre passé qui survient dans le décès de nos aïeuls.

Quand le décès d’un être aimé âgé met en péril nos racines

C’est tout un pan de notre histoire et de la sienne que la personne disparue emporte avec lui. Les moments où, petit enfant, vos grands-parents ou vos parents veillaient sur vous, les souvenirs oubliés qu’ils n’ont pas eu le temps de partager s’envolent avec eux. À cette perte des remémorations peut s’ajouter un sentiment d’insécurité tant pour l’enfant que pour le petit-enfant qui avait construit des liens particuliers avec son grand-parent.

Plus encore que nos mémoires personnelles, c’est aussi toute une façon de vivre et de penser le monde qui disparaît avec eux. Pour nos aînés, la disparition des souvenirs de toute une vie couplée aux évolutions naturelles de la société peut les inciter à lâcher prise, à ne pas trouver de nouvelles sources d’investissements et d’inspirations pour les années encor à vivre. Il est donc important, au-delà de notre propre chagrin de rester attentif à leur deuil et de les aider à surmonter cette épreuve et construire ensemble de nouveaux souvenirs. De les aider à se projeter dans de nouvelles joies à connaître, de penser enfin à eux et de profiter de chaque jour comme un bonbon de plus à savourer.

Comme nous le dit Serge Reggiani dans « Le temps qui reste » :

"Je l’aime tant, le temps qui reste...
Je veux rire, courir, pleurer, parler
Et voir, et croire
Et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J’ai pas fini, j’ai pas fini
Voler, chanter, partir, repartir
Souffrir, aimer
Je l’aime tant le temps qui reste"

Magali Laguillaumie