La mort du conjoint : affronter l’épreuve et apprendre à vivre sans l'être aimé

Apprendre à vivre seulLorsque le décès de notre conjoint survient, ce n’est pas seulement la mort du « je », mais la mort du « nous » qui intervient. Contrairement aux autres décès de nos proches, nous devrons faire face à la perte de notre moitié, cette autre part de nous-mêmes construite au fil du temps et de l’amour. Que le deuil survienne de manière brutale, inattendue ou qu’il fasse suite d’une longue maladie, de l’âge, un long cheminement se crée pendant le travail de deuil pour ré apprendre à vivre seul.

Un bouleversement émotionnel

Complice et muse de notre vie, soutien, notre époux ou notre épouse accompagnait nos pas jusqu’à ce jour. Son absence laisse un vide à l’intérieur comme à l’extérieur de nous. D’ailleurs, l’étymologie du mot veuf « viduus » ne dit pas autre chose. De mariés nous devenons finalement conjoints survivants, puis célibataires, alors que notre cœur nous pense toujours à deux. Aux premières étapes du deuil que nous traversons s’ajoutent parfois des hallucinations visuelles, auditives, olfactives. Nous croyons voir l’être aimé disparu au milieu de la foule. Nous croyons l’entendre alors que nous dînons seuls sans lui ou sans elle et son parfum envahit la pièce alors qu’il n’est plus là depuis des jours déjà. Pour autant, ces hallucinations n'ont rien de pathologiques, ni ne signent un état dépressif. Elles s'estompent après quelques semaines, le temps que nous acceptions ce décès.

Assurément, la perte de notre conjoint nous bouleverse au plus profond de nous-mêmes. Si la peine est douloureuse et traumatique, elle s’accompagne aussi de la dure réalité de reprendre possession de notre lieu de vie sans sa présence, son attention, sa tendresse.

Des sentiments ambivalents de colère et de culpabilité s’entrechoquent dans notre esprit : colère contre la vie, le destin, les médecins… mais aussi contre le défunt lui-même, car nous nous sentons abandonnés. Nous nous sentons également coupables, car nous continuons cette vie sans celui ou celle que nous avons tant aimé. Celui ou celle avec qui nous partageons tant de souvenirs, des projets, souvent des enfants.

Parfois, aussi, nos sentiments se teinteront d’angoisse et de détresse, car il nous faut affronter seuls ce quotidien que nous affrontions auparavant à deux.

Du « nous » au « je », un chemin difficile

Du lit à la table du petit déjeuner, des activités que nous partagions à deux aux projets que nous avions rêvés et préparés ensemble, il ne reste que son absence criante. Une fatigue immense nous submerge devant les tâches à accomplir, aussi petites soient-elles, parce que celui que nous aimions n’est plus là.

Du jour au lendemain, il nous faut prendre seuls les rênes de notre vie et celles de nos enfants, s’ils sont encore petits ou adolescents. Alors même que l’avenir nous apparaît assombri, sans issue, il nous faut réapprendre l’autonomie que nous avions décidée de partager avec notre moitié. Si nous le pouvons, il vaut mieux accepter l’aide de notre famille ou d’amis proches pour lister tout ce que nous devrons prendre en charge seul à présent. Ainsi accompagnés, nous pouvons nous organiser et gérer les priorités.

Ce « nous » au « je » signe parfois la fin des amitiés que notre couple avait nouées, pour autant, il nous faut, même si nous apprécions notre cocon de solitude, continuer à entretenir le lien à nos amis fidèles, nos proches, pour ne pas sombrer dans cet isolement.

Il nous faut aussi soutenir nos enfants, qui viennent de perdre un père ou une mère et traversent également des moments difficiles. Là encore, nous devrons les aider à passer ce traumatisme, tout en respectant leurs étapes du deuil. 

Le deuil de notre conjoint, c’est comme tomber d’une falaise et voir cette plage salvatrice s’éloigner de nous chaque jour. Elle s’éloigne, on voudrait y revenir, mais c’est impossible, car elle disparait avec l’être aimé.

La fin d’une intimité ?

Devenir veuf ou veuve représente aussi la fin d’une intimité, d’une sexualité que nous partagions avec l’être aimé, même lorsque celle-ci était moins prépondérante.

Le décès du conjoint n’est pour autant pas la perte ou l’inhibition de notre sexualité. Si pour certains d’entre nous, la sexualité passera au dixième ou centième de nos soucis, il n’en est pas ainsi pour tous.

Trop souvent encore, cet éveil à la vie est vécu par l’endeuillé comme culpabilisant. Or, ce besoin naturel ne devrait pas être mal vécu. C’est un processus normal et naturel.

Nouer de nouveaux liens avec le défunt et la vie

Au-delà des phases du deuil nécessaires pour nouer un nouveau lien avec notre conjoint défunt, il nous faudra également repenser et réorganiser notre vie.

Conserver ou se séparer des affaires de l’être aimé aujourd’hui disparu fait partie des étapes de notre reconstruction. En triant ses affaires, des souvenirs parfois oubliés refont surface, nous autorisant à réécrire notre histoire commune. Pour certains d’entre nous, s’en séparer demeurera impossible, alors que pour d’autres, cette action sera un premier pas dans la génération de ces nouveaux liens au conjoint.

Si les anniversaires, les fêtes familiales et les réunions amicales se révèlent souvent difficiles les premières années, elles permettent également de parler du défunt, de se souvenir de ses qualités et de ses défauts, de ses petites phrases qui nous faisaient rire ou sourire. Le temps nous permet d’atténuer le chagrin dû à l’absence, même si au détour d’une image, d’une phrase, nous pouvons encore ressentir la douleur de la perte, encore des années après.

Puis viendra le temps de l’ouverture au monde, où nous nous autoriserons de nouveau à aimer, sans culpabiliser de trahir notre amour défunt. La plage qui nous avait rejetés nous conduira à un nouveau continent où nous aurons sans doute perdu les amis de notre couple, peut-être des projets aussi. Mais nous aurons de nouvelles amitiés et de nouveaux projets et dans notre cœur brilleront toujours les liens construits avec celui ou celle que nous avons aimé. Car le deuil n’est jamais l’oubli.

Magali Laguillaumie