Les funérailles et la perception de la mort au Moyen Âge

Enterrement au moyen âgeLe Moyen Âge est une période riche et changeante en matière de funérailles. En effet, l’évolution des rites funéraires n’est pas linéaire. Différentes pratiques coexistent, notamment païennes et chrétiennes. Les modes de sépulture et la perception de la mort au Moyen Âge vont être progressivement influencés par le christianisme, qui est pourtant une religion d’État dès le IVe siècle.

Après avoir consacré un article à l’histoire des funérailles, nous vous invitons à vous pencher plus spécifiquement sur la période médiévale.

Les pratiques funéraires païennes au Moyen Âge

Le haut Moyen Âge s’étend de la fin du Ve siècle (plus précisément 476, la chute de l’Empire romain) à la fin du IXe siècle. Durant cette période, subsistent les rites funéraires païens pendant que s’imposent peu à peu les funérailles chrétiennes.

Dans une sépulture du Moyen Âge païenne, le défunt est inhumé au sein d’une nécropole située à l’écart des habitations. Il est accompagné de mobilier et d’objets tels que des armes, de la vaisselle, des vêtements… qui témoignent de sa situation sociale. Le corps est déposé directement dans la terre ou dans un sarcophage (cercueil en pierre). Parfois, la tombe est constituée d’un caisson de bois.

Des fouilles archéologiques ont révélé la présence de sacrifices d’animaux et d’urnes cinéraires qui renseignent sur la fréquence encore forte des pratiques de crémation.

La perception de la mort se fait alors avec sérénité. C’est le christianisme qui va teinter de douleur l’image de la mort, avec, notamment, l’iconographie du Christ. L’Église devient le garant du salut de l’âme et joue un rôle fondamental dans les rites funéraires.

Le rôle du christianisme dans les obsèques médiévales

À partir du VIIe siècle, les dépôts d’objets dans les tombes se raréfient pour disparaître totalement au VIIIe siècle. Charlemagne fait partie des rois qui soutiennent vivement le christianisme, avec ses capitulaires de 775 et 789. Il s’agit d’ordonnances qui fixent, entre autres, les rites funéraires religieux. Ainsi, l’inhumation prend le pas sur la crémation en raison de la résurrection du Christ. En effet, l’idée que la crémation ne permette pas la résurrection du corps se traduit alors par l’interdiction, par Charlemagne en 789 des rites païens de crémation sous peine de condamnation à mort. Néanmoins, la crémation reste pratiquée, notamment lors des épidémies.

C’est à la période carolingienne que les tombes se multiplient autour des églises, dans des cimetières, mais cet emplacement n’est pas encore obligatoire puisque l’on retrouve toujours des nécropoles ainsi que des tombes isolées. 

En raison des épidémies, les hôpitaux tout comme les léproseries (établissements recueillant des lépreux), sont également pourvus de lieux d’inhumation.

Le clergé et la noblesse, eux, ont souvent leur sépulture à part : leur inhumation à l’intérieur même des églises, bien qu’interdite à cette époque, reste longtemps pratiquée.

Les cimetières se développent. Ils deviennent des lieux publics de rencontre, de vie sociale, parfois délimités par un enclos.

Les défunts y sont enterrés nus ou seulement revêtus d’un linceul. Si au départ, les cercueils sont constitués de bois, de pierre ou même de métal, c’est ensuite le bois qui devient le matériau d’usage.

Le niveau de richesse du défunt influe sur la place et sur la nature de sa sépulture.

Les plus aisés sont mieux situés dans le cimetière. Ils bénéficient en outre d’un gisant (une sculpture funéraire représentant une personne couchée) ainsi que d’un sarcophage ou d’un caveau tandis que les plus pauvres reposent dans les fosses communes.

Les défunts de confession juive sont inhumés à part, dans leurs propres cimetières.

L’Église va peu à peu se substituer aux familles et interdire les inhumations hors des lieux saints.

Elle va également évoquer le jugement dernier et la responsabilité de chacun face à ses actes commis sur la Terre.

La crainte de la mort et de l’au-delà se répand. C’est toute la perception de la mort qui évolue, traduite, notamment à la fin du Moyen Âge, par les danses macabres, des tableaux populaires représentant la mort sous un angle effrayant.

La confrontation du religieux et du pragmatisme au Moyen Âge

En s’installant à l’intérieur des villes, les cimetières posent des problèmes de salubrité publique. Même s’ils sont de petite taille, ils sont très nombreux. Paris, par exemple, en compte près de 300.

Les épidémies de peste, qui provoquent des décès par milliers, obligent l’Église à revoir l’organisation des inhumations et des cimetières. Elle délègue alors le travail funéraire aux « sociétés charitables ». Celles-ci apportent une aide matérielle et pratique puisqu’elles sont intégrées aux prières et aux processions.

Les défunts enterrés par milliers dans d’immenses fosses lors des épidémies provoquent odeurs et insalubrité. Le cimetière des innocents à Paris, par exemple, est le témoin de ces charniers, dans lequel est peinte la première danse macabre en 1424. Elle sera source d’inspiration pour de nombreux artistes.

À la fin du Moyen Âge, se développe donc une professionnalisation des métiers de la mort pour alléger le travail de l’Église : fossoyeurs, pleureuses, organisateurs de funérailles. On peut les considérer comme les ancêtres des prestataires de pompes funèbres.

L’évolution est encore longue et sinueuse avant de parvenir aux obsèques telles que nous les connaissons de nos jours.

Aujourd’hui, les pompes funèbres Dubois et Tanier proposent d’organiser vos funérailles qu’elles soient religieuses ou laïques, et que le choix soit celui d’une inhumation ou d’une crémation.

Quelques liens pour compléter :

Histoires de Paris - cimetière des innocents/

La danse macabre

Larousse et Le Moyen Âge occidental

Emma Ménébrode