Connaître les 7 phases du deuil

deuilLe propre de notre humanité est d’être réactif au changement, de savoir nous adapter, moyennant un effort. Beaucoup comparent les étapes du deuil d’un être aimé à celle d’un emploi, d’une rupture. Pourtant, il n’y a pas d’équivalence dans les ressources que nous emploierons pour recréer un lien avec celui que nous aimions et que nous ne reverrons plus jamais. Ces étapes du deuil sont-elles un mythe ? Est-ce que nous les vivons tous dans une linéarité alors que chaque sensibilité apparaît différente ? Le mythe ne tient-il pas plutôt au fait de croire que nous pouvons décider de ces étapes, de leur longueur ?

Les étapes du deuil : mythe ou réalité?

C’est Sigmund Freud, qui le premier mis en avant cette idée du « travail de deuil » dans son article Deuil et Mélancolie de 1915. Jusqu’à Isabelle Delisle, ces étapes se déroulent en trois temps, puis en cinq selon Michel Hanus :

  • Le refus
  • La colère
  • La dépression
  • La régression
  • La fin du deuil.

La doctoresse Elisabeth Kübler-Ross, rajoutera deux étapes à ce modèle pour distinguer ce qui relève du deuil et non d’une psychopathologie comme la dépression. C’est au cours de son travail auprès des patients en fin de vie, de leur entourage familial et médical qu’elle a défini 2 nouvelles étapes : le choc et l’acceptation.

Les stades du deuil sont bien réels, ils sont ressentis et vécus différemment en fonction de notre lien au défunt, de notre propre personnalité et sans doute aussi, de notre fragilité, au moment du décès.

Il n’y a pas de linéarité dans le processus de deuil : nous pouvons passer du choc à la colère sans déni, puis à la douleur. Nous pouvons, en fonction de l’âge du défunt, ne pas connaître la colère et culpabiliser de ne nous être pas montrés suffisamment présents, attentifs, aimants. Enfin, notre reconstruction peut très bien s’effectuer par des allers-retours sur certaines phases.

Les 7 étapes du deuil

Réaliser son deuil, c’est mettre en place les processus qui à la fois nous détachent de cette inclination, de la présence de l’autre, de toutes ces choses que nous avions construites avec le défunt, afin de tisser de nouveaux liens avec lui, au-delà de l’absence. Et chaque phase que nous vivons ne représente qu’une étape pour réapprendre à exister sans celui ou celle que nous aimions.

  • Le choc et le déni surviennent à l’annonce du décès, notre esprit se trouve incapable de comprendre cette information qu’il se sent impuissant à gérer. Il est à noter, que cette phase intervient que la mort soit naturelle, accidentelle, ou due à une maladie.
  • La douleur et la culpabilité font souvent place au déni. Cette étape difficile marque l’acceptation de la perte : nous prenons conscience que l’être aimé n’est plus. Entre l’affliction, les pleurs, s’immisce le sentiment que nous aurions dû, pu, faire mieux. Culpabilités et remords accompagnent la douleur, nous donnant la certitude que nous sommes responsables du trépas de l’être aimé.
  • La colère peut nous envahir, car nous ressentons de l’injustice face à cette perte. Elle peut se diriger contre le défunt, contre notre entourage ou contre nous-mêmes. Parfois, nous oscillerons dans une irascibilité portée tour à tour contre les uns, les autres, nous-mêmes.
  • Le marchandage survient comme une étape nécessaire avec laquelle nous bâtissons d’impossibles « si ». « Si j’avais été plus souvent près de lui… », « Si je lui avais proposé mon aide… ». Reliés à notre culpabilité, ces questionnements vains nous servent à le dépasser.
  • La dépression et la douleur signent l’acceptation du départ du défunt. Nous y perdons le goût de vivre, nous ne savons plus comment gérer cette douleur abyssale. Nous choisissons le plus souvent le repli social.
  • L’acceptation nous permet alors d’accueillir cette réalité : vivre sans le disparu, mais autrement. Nous reprenons confiance en nous, en la vie, en l’espoir.
  • La reconstruction débute lorsque nous sommes prêts à revenir au monde. Lorsque nous cherchons de nouveau l’échange avec autrui, testons de nouvelles activités pour oublier la souffrance. Elle découle de l’acceptation. C’est également durant cette étape que nous bâtissons un lien intérieur avec la personne disparue.

Les mythes du deuil dans nos sociétés occidentales

Nos sociétés hyperactives comprennent ordinairement mal le deuil et tout ce qu’il implique, pourtant retravailler nos idées reçues est fondamental pour aider ceux qui le vivent à se reconstruire :

Si le deuil est couramment comparé, voire confondu avec la dépression, il procède d’un enchaînement de phases naturelles face à la disparition d’un proche.

Souvent, nous confrontons à tort les stades qui jalonnent la perte d’un emploi, d’une maison à la mort d’un être aimé. Pour autant, il réactive notre système d’attachement primaire, il n’y a donc aucune équivalence possible même si les étapes se répondent en similarités : le travail du deuil se révèlera toujours plus profond, car il nous interroge, aussi, sur notre propre fin.

Réaliser notre deuil n’est pas seulement faire le deuil de la personne, il implique d’accomplir le deuil de toute une relation, des espoirs fondés sur celle-ci. Tout cela demande, non pas du temps, mais une introspection que nous éprouvons chacun à notre rythme et à notre façon. Il n’atteint pas uniquement notre psyché, mais également notre corps et nos rapports aux autres. Le deuil impacte l’endeuillé dans sa globalité.

Enfin, chaque membre de la famille possède un attachement différent au défunt, il faut donc nous souvenir qu’il sera perçu et vécu diversement par chacun et le laisser aller à son rythme pour revenir au monde.

Christophe Fauré, psychiatre

Le deuil un processus complexe

Magali Laguillaumie