Le deuil après suicide : entre colère et culpabilité, comment retrouver vos repères ?

Le deuil après suicide : entre colère et culpabilité, comment retrouver vos repères ?Lorsque celui que nous aimons met fin à ses jours, c’est un choc traumatique immense qui nous emporte. Sidération, colère et culpabilité dues à la découverte du corps nous entraînent dans une valse de questionnements et de douleurs sans fin. Famille, amis ou proches du défunt, nous serons tous ébranlés par ce décès brutal et chacun devra trouver sa réponse pour réaliser son travail de deuil et réapprendre à vivre après ce séisme.

La sidération et le déni : un rempart contre l’inexplicable

Après avoir entendu le mot « suicide », à l’annonce du décès d’un proche, notre conscience s’est figée. Nous n’écoutons plus notre interlocuteur, nous ne comprenons plus très bien ce qu’il dit et nous le soupçonnons même de nous mentir. Cela ne peut être vrai.

Cette sidération s’inscrit comme une défense naturelle de notre psyché, car la charge émotionnelle que nous subissons est démesurée et provoque un état de choc. Elle peut s’accompagner d’un déni transitoire : anesthésie affective ou agitation frénétique protège notre équilibre mental et peut durer de quelques heures à quelques jours avant d’être remplacées par d’autres étapes du deuil.

À cela peut s’ajouter, pour celui qui découvre le corps, un syndrome de choc post-traumatique. Il peut, intriqué aux phases du deuil elles-mêmes, se muer en deuil chronique. Il faut donc rester attentif à soi, à ceux qui partagent notre vie et trouver un interlocuteur à même d’entendre notre ressenti, notre histoire. 

Les étapes du deuil après le suicide d’un proche

Les étapes du deuil, qui se mettent en place quelques jours après le décès se révèlent plus intenses dans le cadre d’une mort par suicide. Les connaître permet à celui qui le vit, comme à celui qui l’accompagne, de mieux comprendre ce qui se passe en lui :

  • choc et sidération conséquents à la perte de l’être aimé dont nous venons de parler ;
  • fuite et recherche : nous chercherons au plus vite à retrouver une vie normale pour annihiler les tourments de la perte. Nous tenterons de garder vivant ce lien interrompu en conservant les messages vocaux du disparu, en portant ses vêtements, en parlant de lui encore et encore. Ces deux attitudes naturelles et légitimes participent au processus de deuil ;
  • déstructuration : C’est une prise de conscience réelle de la perte de celui que nous aimions, la douleur se présente alors lancinante et sourde. Elle apparaît de six mois à un an après le décès, provoquant inquiétudes et interrogations chez celui qui la vit, car il pensait le plus dur passé. Un vécu dépressif est présent qu’il est parfois difficile de différencier d’une dépression clinique ;
  • restructuration : nous acceptons la perte de l’être cher. Peines et douleurs s’estompent. Une redéfinition de notre rapport au monde, à soi et à la personne disparue se fait jour, nous permettant de nous projeter de nouveau. Bien sûr, le chagrin se révèle encore existant à certains moments de notre vie, mais il reste épisodique, et signe que le processus de deuil est achevé.

Toutes ces étapes ne se présentent pas forcément dans cet ordre, elles sont particulières à chacun, à notre lien avec le défunt et à la manière dont le décès s’est produit. Dans le cas d’un décès par suicide, d’autres états jalonnent le processus de deuil, amplifiant ses douleurs et ses phases.  

Quand culpabilité, colère, soulagement compliquent le processus de deuil

Le départ choisi et voulu d’un proche qui s’exclut et nous exclut de son lien social nous rappelle à notre condition mortelle avec plus de force qu’aucun autre deuil. Il met en péril notre part narcissique, nous devenons celui qui « n’a rien vu », « n’a pas su aider ». Il entraîne ce flot de questions du pourquoi, du comment et du « pourquoi nous n’avons pas ».

La culpabilité et la honte s’invitent dans nos introspections, car nous nous sentons coupable de ne pas avoir pu, su, empêcher ce geste. Les « si » et les « pourquoi » pousseront certains à se renseigner sur les motivations qui amènent une personne à mettre fin à ses jours, sans jamais pourtant en découvrir la raison : car elles sont multiples et propres à chacun.

Se sentir coupable est naturel. Rechercher les causes du geste de l’être aimé participe à notre reconstruction narcissique. Cette quête permet aussi de réaffirmer, à l’issue de notre deuil, que nous sommes capables d’aimer de nouveau et de redevenir une épaule pour l’autre.

La colère, contre nous-même, de n’avoir pas su anticiper ce geste masque souvent une colère contre le défunt lui-même. Lorsqu’elle est consciente, nous n’osons pas l’exprimer de vive voix, de peur de choquer ceux qui nous accompagnent. Elle est pourtant humaine.

Lorsque nous prenons conscience de la difficulté à vivre de celui qui a mis fin à ses jours, un soulagement que nous nous interdisons de partager nous envahit : « Au moins, il/elle ne souffre plus ».

Retrouver ses repères à l’issue d’un deuil par suicide

Le suicide s’inscrit comme l’expression d’une violence. La découverte du corps ou son annonce constitue un traumatisme émotionnel majeur pour la famille, les amis, les personnes qui partageaient sa vie. L’enquête policière qui en découle, afin de déterminer les causes exactes du décès, également.

Afin de ne pas sombrer dans un deuil chronique, cette blessure, indélébile, doit être prise en charge, à la fois par le temps et un travail thérapeutique. Nous autoriser à pleurer, prendre soin de nous et nous accorder des temps de repos sont éminemment nécessaires.

Enfin, le jour où nous comprenons que nous ne pourrons jamais nous expliquer réellement le geste de l’être aimé, nous nous autorisons à reprendre les rênes de notre vie et à reconstruire un autre lien à lui, à nous et au monde.

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Sources :

Magali Laguillaumie