Le décès de ses parents : perte de son passé, blessure de son présent, construction de son avenir

Perdre un parent : quand l’enfance s’efface au profit d’un quotidien privé de figures repères

Perdre un parent, quel que soit son âge, est une épreuve dont on n’anticipe pas toujours la teneur même si l’on s’est préparé à l’idée que ce soit dans « l’ordre des choses ».

Outre la peine et le deuil qu’il va falloir traverser, la disparition de son père ou de sa mère bouscule nos fondations, ébranle notre présent et oblige à reconsidérer notre avenir, privé de ces figures repères.

De profonds changements s’opèrent et remettent en cause notre place au sein de la famille.

Comment comprendre ce qu’il se passe en nous lors du deuil de nos parents ? Comment affronter l’épreuve et transcender la douleur ?

Quand le décès d’un parent est aussi une perte de son passé

Que le départ soit brutal ou la conséquence d’un long processus, il marque une rupture. Une rupture qui se produit toujours trop tôt, même quand l’âge du parent est avancé.

Si au moins 2 des 5 étapes du deuil élaborées par Elisabeth Kübler-Ross peuvent être traversées (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation), d’autres sentiments, parfois ambivalents, viennent s’ajouter dans le cas d’un deuil parental.

Une partie de nos souvenirs d’enfance, de notre passé, s’en va avec le défunt puisqu’il ne sera plus possible de les partager, de se les remémorer en sa compagnie. Á la tristesse de devoir abandonner des moments issus de notre histoire, s’ajoute parfois un sentiment d’insécurité. En effet, avec son père ou sa mère qui part, c’est aussi une image de protection qui s’efface, créant une impression de vulnérabilité. Même si ce parent n’était pas forcément protecteur, c’est davantage l’image que l’on s’en faisait dans l’enfance et l’idée que nous avions à disposition un refuge qui disparaissent.

Privé de son « tuteur », l’enfant devenu adulte peut vaciller et se trouver fragilisé. La figure familière de son parent constituait son repère. Que la relation ait été saine ou non, l’enfant, même s’il a grandi, devient orphelin et perd également ce qu’il percevait comme une source d’amour inconditionnel, pour reprendre les mots de Christophe Fauré, psychiatre et auteur de « Vivre le deuil au jour le jour ».

Par ailleurs, tout ce que l’enfant n’a pas dit, tout ce qu’il n’a pas osé aborder est définitivement tu. Les non-dits n’auront plus l’occasion d’être dénoués et cela peut générer colère, frustration et regrets. Ce sont peut-être des mots d’amour, des reproches ou des excuses qui ont été très longtemps retenus. Néanmoins, lorsqu’ils deviennent trop envahissants, il est possible d’être accompagné par un professionnel ou une association qui aide à s’en libérer.

Quand perdre un parent, c’est voir son présent blessé

La perte d’un parent modifie nos échanges, et parfois nos places, vis-à-vis des autres membres de la famille.

En présence d’enfants, et selon leur âge, il faudra les accompagner dans le deuil de leur grand-parent. Leur expliquer ce qu’il se passe de façon adaptée à leur sensibilité.
Certains livres sur le sujet peuvent les aider :

« La mort expliquée aux enfants mais aussi aux adultes » de Christophe Charbonnier, par exemple ou

« Les questions des tout-petits sur la mort » de Marie Aubinais, sous forme de bandes dessinées.

L’enfant que nous étions, lorsqu’il a lui-même des enfants, devient uniquement parent et perd sa place intermédiaire.  En l’absence de descendance, il devient le dernier maillon.

C’est parfois un sentiment ambivalent de libération qui peut s’inviter et venir nous culpabiliser lors du deuil parental. Deux raisons à cela :

  • Voir cesser la souffrance d’un parent malade en fin de vie peut nous soulager ;
  • En perdant nos parents, nous n’avons plus de comptes à rendre ni de justifications à apporter lors de nos prises de décisions.

On est tout à coup déchargé d’un regard parfois critique ou d’un jugement, ce qui peut donner une impression de liberté, comme l’analyse Christophe Fauré. Ça ne remet nullement en cause l’amour porté au parent.

Puis il y a les frères et sœurs, avec lesquels, parfois, on partage la douleur, on organise la prise en charge du parent survivant quand il y a lieu, mais avec lesquels il arrive aussi que remontent des souvenirs plus ou moins bons, avec les tensions qui les accompagnent.

Enfin, un sentiment de lourde responsabilité peut survenir lorsque l’on se retrouve face au parent survivant. Celui-ci n’a pas la force de nous soutenir dans notre chagrin. Notre place d’enfant est donc modifiée puisqu’à notre tour, nous devons « materner » notre parent. C’est tout une organisation à revoir, un accompagnement à prévoir. Une bonne entente avec les frères et sœurs s’avèrera alors constructive pour faciliter le quotidien.

Si votre parent a laissé ses dernières volontés, voyez derrière ce lien si l’on doit toujours les respecter.

Enfin, notre conjoint ou conjointe, qui n’a pas le même lien, aura à nous soutenir, à nous accompagner dans ce moment de transition.

Se reconstruire après la perte d’un père ou d’une mère

Avec le temps, les souvenirs heureux refont surface. Même si elle était conflictuelle, la relation s’apaise. L’adulte orphelin reprend les rênes et fait des choix assumés.

Il prend également conscience que dans « l’ordre des choses », il est le suivant. Un besoin plus pressant de s’accomplir, de ne plus faire d’efforts démesurés pour « supporter les personnes insupportables », de réaliser ses objectifs peut s’immiscer.

La notion de transmission vient prendre place. Le temps est venu d’accomplir une action qui tenait à cœur au parent défunt, de reprendre certaines de ses valeurs, une activité ou même une entreprise.

La sortie du deuil peut aussi entraîner, s’il n’était pas encore présent, un sentiment de reconnaissance pour tout ce que le parent a donné, pour tout ce qu’il a permis de réaliser, pour certains traits de caractères reçus en héritage.

La partie enfant s’estompe au profit de la partie adulte qui s’assume pleinement et devient un repère à son tour.

Emma Menebrode